Nos enfants ne sont pas parfaits, quel que soit leur QI (et nous non plus)

Charlotte Parzyjagla est psychothérapeute spécialisée dans le haut potentiel. Elle a publié deux ouvrages sur ce thème. Elle publie un article sur le site L’école de la neurodiversité, que j’ai trouvé très intéressant.

Charlotte Parzyjagla fait le constat suivant : de plus en plus de personnes pensent être HP, ou que leur enfant est HP. C’est un constat que nous, enseignants, faisons aussi au quotidien : la « parade » la plus répandue actuellement pour faire face aux comportements dérangeants pour le groupe ou les individus ou pour justifier de ne pas valider les objectifs scolaires, c’est « mon enfant est haut potentiel ». Dans la classe de sixième dont je suis professeur principal cette année, 9 familles (sur 26 élèves) m’ont amené cet argument. Alors soit j’ai une sur-représentation d’élèves HP dans ma classe, soit c’est une étiquette fourre-tout. Et comme aucune famille ne m’a présenté de bilan, car aucune de ces familles n’en a fait, j’ai un doute.

Entendons-nous bien : je ne juge pas les familles, je ne leur fait absolument aucun reproche. Je comprends que lorsqu’on a un enfant qui présente des comportements dérangeants pour les parents, ceux-ci cherchent à trouver une raison acceptable, voire valorisante. Ce qui m’ennuie, c’est l’absence de preuve, qui entraîne des difficultés supplémentaires pour être entendus lorsque nous proposons des solutions. En particulier, « on va pas le punir parce qu’il est trop intelligent » n’est pas audible pour moi : éduquer n’est pas punir, naturellement. Mais parfois c’est nécessaire, et une punition juste et expliquée est un moyen de poser des limites et donc aussi d’affirmer : « je suis là, je m’occupe de toi, je veille ». Et d’ailleurs on peut aussi punir un HP. Le terme de « parade » que j’ai utilisé plus haut est pour moi vraiment adapté : les parents souffrent de voir leur enfant ne pas appliquer les principes de l’éducation qu’ils cherchent à transmettre. Ils culpabilisent pour leur enfant, sentiment parfois renforcé par l’école, dans son aspect symbolique ou comme lieu. Alors ils se protègent. Sauf que ce n’est pas forcément le meilleur moyen pour aider l’enfant. Et puis quelle que soit l’éducation que l’on donne à un enfant, il est un personne indépendante et agit comme tel, particulièrement en groupe. Ses parents ne dirigent ni ne maîtrisent ses faits et gestes, ni ses pensées. Ils posent des jalons, et, parfois, des panneaux « sens interdit » ou « sens obligatoire », mais de façon générale. Je ne nie pas du tout la difficulté de l’exercice de la parentalité, ne serait-ce que par expérience personnelle… Je sais que parfois c’est même douloureux.

L’engouement pour les HP est encore plus intense qu’il est narcissiquement beaucoup plus agréable de justifier des comportements extrêmes par une grande intelligence que par une maladie.

(j’ajouterai : ou que par l’adolescence, l’envie d’envoyer valser le cadre, etc.)

L’autre aspect qui m’ennuie, c’est la survalorisation de l’ « intelligence ». Joli marronnier que voici, mais pourtant capital : c’est quoi être intelligent ? Savoir s’adapter ou avoir un QI au-dessus de la moyenne ? Ca rend heureux, un QI élevé ? Et c’est une honte, d’avoir un QI ordinaire ou plus bas que la moyenne ? Les personnes au QI élevé, elles sont « mieux » que les autres ? Elles sont plus assurées de « réussir leur vie » ? Pourquoi catégoriser ainsi ?

Charlotte Parzyjagla pose justement la question, « à ces prétendus HP : « Avez-vous passé un bilan cognitif ? », j’ai une grande majorité de réponses étonnantes : « Non, les tests ce n’est pas très fiable » ». Le « pseudo-diagnostic » qu’elle décrit est notre en effet fréquent. Mais là, les ennuis, les vrais, commencent : on n’est pas dans la réparation, mais dans l’excuse, la fausse excuse.

Ils vont grandir avec des parents qui fantasment leurs capacités et attendent d’eux les réussites en conséquence. Cela équivaut, bon an mal an, à demander à un enfant avec une jambe dans le plâtre de réussir un cross. Imaginez-vous dans quel état d’impuissance peut se trouver un tel enfant. On ne vient pas en aide à un enfant en le surestimant, mais en le voyant tel qu’il est avec ses forces et ses faiblesses !

Les adultes surdoués, le dernier ouvrage de Charlotte Parzyjagla

Charlotte Parzyjagla explique bien toute les nuances qui rendent la détection du haut potentiel vraiment compliquée. Elle montre aussi que nous avons tous des idées reçues, et que seul le savoir peut nous aider à les mettre à distance. HP, ce n’est pas forcément synonyme de réussite scolaire, ni d’échec scolaire, pas plus que de grande sensibilité, d’empathie, etc. Elle revient aussi sur le concept de « haut potentiel émotionnel », en vogue ces temps-ci.

Quant à cette idée de pensée en arborescence, on ne sait pas ce que cela renferme puisque ce n’est pas un concept aux contours clairement théorisés. Chacun y met ce qu’il veut dedans.

Je vous conseille la lecture exhaustive de cet article. Il est vrai, clair, en plein dans l’actualité.

Il ne faut pas oublier que derrière cette folie du « diagnostic » se cache, au mieux, une grande complaisance envers soi-même, au pire, une vraie souffrance dont on ne peut pas rire

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